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mercredi 29 mai 2019
par  Jean-Luc Gonneau
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L’envie m’en a pris voilà deux semaines, puis je me suis dit que mieux valait attendre le scrutin européen. C’est fait. Donc, je pense que je vais lui écrire. Je commencerai par mettre les points sur certains i. D’abord, je suis Jean-Luc avant que Mélenchon le devienne, que ce soit bien clair. Ensuite, j’ai voté lors de ce scrutin pour la liste de la France Insoumise, parce que je suis de gauche et que, quoi qu’en disent certains galopins de LFI, cela a toujours, et aura toujours un sens, alors que peuple en a plusieurs. Et parce que le programme de LFI me convenait. Message à ces mal-comprenants ou faisant style de l’être : dire qu’il faut sortir des traités européens pour changer l’Europe n’est pas un blasphème mais une évidence. Et dire que c’est impossible est une démission. Ne pas changer les traités, c’est se condamner ad vitam à subir les diktats du libéralisme, mot bon chic bon genre prisé par le Touquetissime Macron ou le Versaillissime Bellamy pour masquer le concret de la chose : les diktats des lobbies financiers internationaux. Oui, il faut entrer au Parlement européen pour œuvrer à la sortie des traités actuels. Oui, la France doit œuvrer en ce sens. Et c’est bien mal parti.

Cela dit, j’ai l’intention de dire à mon cadet Jean-Luc qu’il a accumulé les maladresses depuis quelques mois. Où est passé l’enthousiasme à la fois argumenté et taquin des premiers mois du groupe parlementaire LFI ? Et ces émissions sur youtube, genre causeries au coin du feu, où JLM apparaissait affable, ne négligeant pas les pointes d’humour qui le distinguent tant des innombrables culs-serrés du monde politique et des quelques balourds qui confondent humour et blagues de comptoir, tout cela au service d’analyses à la fois précises et percutantes, d’une impeccable pédagogie au service d’une cohésion politique peu commune ? Cela nous rassurait, après un passage à vide post présidentielles que l’on peut comprendre.

Et puis vint le déluge, le piège des perquisitions se refermant suite à aux réactions tonitruantes et disproportionnées que l’on sait. On peut comprendre que ces perquisitions soient perturbantes, inappropriées, volontairement provocatrices. C’était là le piège. Balayer les sarcasmes avec le plumeau de son indifférence, telle était la solution. Et puis le retour des invectives à la presse, dans son ensemble ou au cas par cas (le cas par cas le plus vindicatif s’dressant d’ailleurs davantage aux sans-grades des gratte-papiers qu’aux ténors du verbiage, qu’il est de bon ton de nommer « éditorialistes ». Et puis Le Média, créé en fanfare, joyeuse, et qui se transforme en mauvais remake du Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodovar. Et puis cette « fascination » pour le gilet jaune Eric Drouet (pourquoi lui ? Sans aller jusqu’à la fascination, le discours d’une Ingrid Levavasseur était autrement mieux structuré). Et puis quelques exclusions ou mises à l’écart dans des conditions peu claires et parfois brutales, la mise en sommeil de cet « espace politique » mis en place lors de l’élection présidentielle, où étaient représentés les courants issus d’autres formations, notamment du PCF, et l’arrogance sinon de JLM du moins de son entourage vis-à-vis d’autres organisations de gauche. Il me revient à ce sujet une réunion à Montreuil de militants d’Ensemble et du PCF prêts à soutenir JLM pour la campagne présidentielle. LFI y délégua Alexis Corbière, futur député du coin. Résumé, brutal lui aussi, de son intervention. Je ne suis pas là pour négocier quoi que ce soit. Vous nous suivez ou vous restez sur le bord de la route. Il est vrai qu’Alexis n’a jamais fait dans la nuance.

Evidemment, la presse, très largement aux mains, comme le souligne à juste titre JLM, des plus gros intérêts capitalistes du pays, a fait ses choux gras de ces navrantes péripéties. Mais à quoi pouvait-on s’attendre ? Quand on fait des bourdes, il est fréquent qu’on les paye, et plus fréquent encore, quasi inévitable, si on représente une menace pour les intérêts politico-financiers en place. Que faire : errare humanum est, perseverare diabolicum, et là, le perseverare est un brin pesant. Plus de perseverare ? Plus d’homériques colères publiques ? C’est promis ? Balayer les sarcasmes, il n’y a que ça de vrai. Utiliser l’humour, comme tu sais le faire, il n’y a rien de tel.

Attendez, ce n’est pas tout. L’anecdote de la réunion de Montreuil évoquée précédemment a effleuré le sujet de la convergence des forces (maigrelettes en ce moment) de gauche. Il n’a pas échappé à nombre d’observateurs que lors des très récentes élections européennes, les programmes des listes LFI, PCF et Génération.s étaient compatibles à, disons, 90%. Tous comptes faits une fois les résultats connus, le total dépasse 12%. Ce n’est pas lourd, mais ce n’est pas nul. Une douzaine de députés au lieu de six. Ce ne fut pas. Reconnaissons ici que les torts sont partagés entre la volonté identitaire du PCF, la volonté égotique de Génération.s, la volonté hégémonique de LFI. Mais il eût peut-être fallu comprendre qu’après la tentative d’assassinat, presque réussie, de la gauche en France par les Hollande, Valls (dont nous saluons ici la claque prise à Barcelone et compagnie, le score de JLM ouvrait quelque espoir à la gauche française (donc au peuple). Il fallait pour cela rassembler et pas exclure. Rassembler nécessite un peu de tambouille, certes, et tu n’en voulais pas. Sauf que la tambouille à LFI, ça existe. Un mouvement gazeux, disais-tu ? C’est dangereux, le gaz, ça peut péter à la figure et brûler grave. Et ça peut cacher un fonctionnement qui est loin d’être exemplaire (voir plus haut).

Tout est à revoir dans les structures et le fonctionnement de LFI, tout est à repenser dans ses relations avec les autres forces de gauche. Les élections municipales sont proches et l’une des faiblesses de LFI tient à son modeste réseau d’élus. Il en faut plus, et ce n’est pas en partant seul à la bataille que LFI y parviendra. LFI a besoin d’un PCF qui se requinque, d’électeurs socialistes qui demeurent fidèles à la gauche, d’organisations écologistes qui ne soient pas macron-compatibles, comme risque de le devenir EELV, à l’instar d’autres partis Verts européens. Jean-Luc Mélenchon est probablement le plus cultivé de nos hommes politiques (ce qui n’est pas difficile, ricaneront les plaisantins), l’orateur le plus convaincant, sans doute le plus cohérent au niveau de ses propositions. Dans son entourage figurent de réels talents (Charlotte Girard, Clémentine Autain, François Ruffin, Adrien Quatennens…) même s’il y a aussi quelques bourrins. Il serait dommage que cela soit gâché par des impétuosités inopportunes et par cette espèce de bunker gazeux (quelle trouvaille !) qu’est devenue la France insoumise.