Lundi, 27 Mai, 2019

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La première place du Rassemblement National devant la liste que soutenait Emmanuel Macron, la chute de la droite à Wauquiez, la percée d’Europe Écologie Les verts, l’émiettement de la gauche sont analysés ce matin par les quotidiens nationaux et régionaux.

 

Le résultat quelque peu déroutant de l’élection des députés français au Parlement européen n’a pas facilité le travail des éditorialistes dans les journaux de ce lundi 27 mai. Dans les Échos, Cécile Cornudet note qu’Emmanuel Macron « a échoué à devancer Marine Le Pen, comme il le voulait, mais la structuration politique de ce soir d’Européennes ne lui est pas si défavorable que cela, assurent ses proches ». Et d’ajouter cet autre commentaire : « Après l’échec sans précédent du PS en 2017, ce sont les Républicains qui cette fois boivent la tasse. En quatrième position et à 8,4 %, ils font nettement moins que les 12,8 % de Nicolas Sarkozy en 1999 qui faisaient office d’étiage minimal ». Dans le même registre, Bernard Stéphan constate dans la Montagne que « la droite parlementaire s’effondre avec une liste LR à un peu plus de 8 %. Confirmation donc de la fracturation des grands partis de droite et de la gauche de gouvernement qui l’un et l’autre peinent à atteindre 15 % des suffrages ».

« Un sérieux revers pour Emmanuel Macron »

Bien que la « liste Renaissance » conduite par Nathalie Loiseau ait fait un score conforme à ce qu’indiquaient les sondages de ces dernières semaines, François Ernenwein note dans La Croix que « ces résultats sont pourtant un sérieux revers pour Emmanuel Macron. Le chef de l’État, excluant tout changement de cap, va devoir éclairer d’une lumière nouvelle les grands chantiers annoncés (assurance chômage et retraites). Il aura aussi à revoir sa méthode en entrant - bien plus que pendant les deux ans passés- dans une pratique de dialogue et de compromis ».

Dans le Courrier picard Mickaël Tassart note que « le président de la République, qui visait la victoire, a perdu son pari. Mais sa stratégie d’installer un duel LREM/RN lui a permis d’éviter une défaite plus sévère, en mobilisant sur son parti des voix des Européens convaincus de la droite traditionnelle et de ce qui reste d’une gauche socialiste en lambeaux ». Dans La Marseillaise, Léo Purguette constate que « cette bipolarisation malsaine place du même coup la gauche dans son ensemble dans un état de grande faiblesse. Divisée et traversée par des conceptions différentes, voire opposées de l’Union européenne, la gauche pèse moins d’un tiers de l’électorat qui s’est déplacé pour voter », ajoute-t-il.

« Le vote écologiste était en embuscade »

La percée, non anticipée par les enquêtes sur les intentions de vote, mais finalement réalisée par la liste d’Europe Écologie Les Verts, est également relevée par la presse. « Le vote écologiste était en embuscade et si bien camouflé que personne n’avait imaginé son score au scrutin européen », relève note Hervé Chabaud dans L’Union. Dans Libération , Laurent Joffrin affirme que « tous les partis ou presque ont verdi, plus ou moins sincèrement. Mais pour être sûrs d’être entendus, les électeurs convaincus de cette vérité ont déposé dans l’urne un bulletin vert ».

À ce propos, il convient de noter que la profession de foi de la liste conduite par Yannick Jadot portait clairement le titre de « Liste Europe écologie ». De même, le sigle « Europe Écologie Les Verts » avec sa fleur de tournesol, traitée ou pas au glyphosate, en faisait la liste la plus identifiable d’entre toutes du premier coup d’œil. Car l’identification politique n’était pas évidente pour l’immense majorité des listes. Il suffisait hier d’être assesseur dans le bureau où se pratiquait le vote électronique pour se rendre compte que beaucoup de votants, n’ayant pas préalablement identifié le numéro de la liste pour laquelle ils envisageant de voter, étaient souvent perdus devant cet affichage de 34 listes. Qu’il s’agisse du vote électronique ou du traditionnel bulletin que l’on glisse dans l’enveloppe, il est possible, qu’en plus du succès des récentes manifestations pour le climat, la bonne identification du sigle d’Europe Ecologique Les Verts par rapport à ceux de toutes les autres listes aient également joué en faveur de Yannick Jadot. Pourtant cette campagne que Jadot prétend mener en faveur du climat n’est pas exempte chez lui de contradictions, loin s’en faut.

Les résultats particuliers de l’île-de-France

Notons enfin que les résultats de la Région Île-de-France ont été connus trop tard dans la soirée pour être pris en compte dans les analyses de la presse écrite de ce lundi matin. À Paris, la liste conduite par Nathalie Loiseau obtient 32,92 % des suffrages contre seulement 7,22 % à celle du Rassemblement National tandis qu’Europe Ecologique Les Verts atteint 19,89 %. Dans les Hauts de Seine, le score de la liste Loiseau atteint 33,57 % contre 9,45 % pour le parti de Marine Le Pen. Il faut aller en Seine-et-Marne, le département le plus rural d’Ile-de-France, pour voir le parti d’extrême droite arriver en tête avec cette fois 24,36 % des suffrages exprimés contre 20,46 % pour la liste Loiseau.

Quand on a les moyens d’être propriétaire ou de payer un loyer élevé à Paris comme dans les villes cossues de la proche banlieue, le vote en faveur de la politique d’Emmanuel Macron demeure un vote de classe.

Gérard Le Puill