Drôle et en colère contre la violence de l’époque, « Encore vivant » est une fenêtre grande ouverte sur le monde révolu de la paysannerie cévenole et la profondeur de son lien à la nature. Loin des chiffres et de toutes « ces imbécillités de développement durable », Pierre Souchon, jeune journaliste engagé, livre un premier roman salutaire.

 

Il y a des livres qui ont la présence d’une voix complice. Leur timbre de chair nous parle encore une fois les pages refermées — comme un goût d’humanité retrouvée. Encore vivant, roman de Pierre Souchon paru à l’automne 2017, est de ceux-là. C’est d’abord une voix qui raconte la traversée d’une épreuve : d’un effondrement psychique, suivi d’un internement en psychiatrie, à une scène heureuse en pleine nature. Voilà pour le voyage.

 

Entre les deux, un texte autobiographique dense, douloureux, drôle. Et un narrateur qui s’appelle lui aussi Pierre Souchon : « Oui, parce que je suis un peu comme Alain Delon, j’aime bien parler de moi à la troisième personne, reconnaît l’auteur, avec modestie. Petit, je rêvais déjà d’être écrivain, de me passer la main dans les cheveux. [1] » Et voilà pour le ton.

 

C’est donc son histoire que Pierre Souchon, aujourd’hui pétulant trentenaire, raconte dans ce livre, celle d’un jeune adulte frappé dès l’adolescence par cette maladie mentale désormais appelée bipolarité, anciennement « psychose maniaco-dépressive » — une « longue nuit mentale » qui piège sa victime dans une alternance d’hyperactivité et de dépression profonde.

« Ce qui nous coupe à jamais du monde passé, c’est la mort de la paysannerie » 

 

De l’hôpital psychiatrique où il a été interné, après avoir été retrouvé perché sur une statue de Jean Jaurès, il va se souvenir, questionner le poids de son passé dans sa propre vie, pour comprendre l’origine de sa maladie. Au gré de flash-back et de conversations, il introduit le lecteur dans son milieu d’origine, la paysannerie cévenole :

Je viens des pentes du Serre-de-Barre, cet énorme massif des Cévennes où, depuis des générations, tous les Souchon se crèvent le cul du matin au soir pour sortir quelques châtaignes dont ils se nourrissent à peine. »


Encore vivant

 

C’est le scénario de base. Mais, petit à petit, le récit se double d’une dimension politique....Lire la suite....