Cette synthèse issue du livre Repères aux éditions La découverte de Laurent BATSCH, 2002, remet en perspective le moment où le capitalisme financier a pris le pouvoir.

Les difficultés des firmes U.S. face à la concurrence japonaise et allemande et le déclin de l’industrie britannique dans les années 70 sont la cause de la prise de pouvoir par les actionnaires : les milieux financiers accusent les dirigeants d’entreprise d’être trop autonomes, les actionnaires doivent retrouver le chemin de la rentabilité en reprenant le contrôle des dirigeants. Ils appliquent la « corporate governance » ou le « gouvernement d’entreprise ».

Le modèle d’actionnaire a changé 

Auparavant, on avait une foule d’actionnaires émiettés, gérant directement leurs actions et donc avec peu de pouvoir sur les dirigeants des firmes.
Actuellement, on a des structures gestionnaires de fonds, les « zinzins » ( investisseurs institutionnels ), soumis à la concurrence, à la réglementation et à un devoir de bonne gestion de intérêts des épargnants. Ainsi, aux USA, 91 % des actions sont détenues par les ménages en 1950 contre 50 % en 96.
Les « Zinzins » comportent les SICAV (société d’investissement au capital variable, gérée par les banques : ce sont des portefeuilles

– pour répartir les risques de valeurs mobilières), les FCP (fonds communs de placement), les sociétés d’assurance-vie et les fonds de pension.
Les actifs financiers détenus par les zinzins (source : OCDE) ont augmenté de 11 % par an entre 1991 et 1999 (une multiplication par 2,3 de l’encours). Les actions ont augmenté de 17,5 % par an (X par 3,6). 

En France, les épargnants sont venus à la Bourse par les SICAV, les privatisations et les assurances-vie ; les investisseurs étrangers ont accouru, convaincus des bonnes performances des groupes français. 

Les « zinzins », comme tout épargnant, tentent de concilier  3 objectifs :

• minimiser les risques : diversifier les placements et limiter les capitaux bloqués dans chaque firme ;
• rendre disponible (liquide) le portefeuille ;
• rentabiliser les placements.

Exemples de pratiques :

Calpers (fonds de pension des fonctionnaires californiens pesant 172 milliards de $) investit à long terme et ne détient que 1 à 3 % du capital des grands groupes ;
Templeton France : « nous sommes plutôt un élément stabilisateur du marché et nous gardons en moyenne 5 ans nos actions » ; au contraire, le gérant d’une SICAV
française renouvelle l’intégralité de son portefeuille au moins une fois dans l’année. 
Les « zinzins » ont deux moyens de pression. Soit, leur portefeuille tourne vite et ils « votent avec leurs pieds » : ils sanctionnent les performances par des ordres d’achat et de vente. Soit, plus engagés en volume et en durée au capital d’une firme, ils exigent une information directe et exercent le droit de vote en A.G. des actionnaires.

Les Stocks-Options : comment lier les dirigeants aux objectifs des actionnaires 

La firme donne aux dirigeants des options d’achat d’actions : elles leur donnent le droit d’acheter ces actions à un prix fixe (déterminé à a date de l’attribution de l’action) dans le futur avec un délai de plusieurs années.
Si le cours de l’action augmente, le dirigeant encaisse la plus-value entre le cours (le prix de revente de l’action) et le prix auquel il a acheté l’action avec l’exercice de l’option : donc, le dirigeant a un intérêt objectif à la hausse des cours des actions.

Critiques des Stocks-Options 

Ce système est utilisé pour contourner le paiement des cotisations sociales sur les hauts salaires.
Le revenu des dirigeants dépend des cours boursiers (hausse ou baisse). Or, la tendance est à la hausse, indépendamment du mérite du dirigeant.
Les dirigeants ont une information privilégiée qui leur permet de provoquer des opérations pour doper le cours de l’action au moment où ils vendent les titres (Enron).

Ndlr : le dirigeant d'Enron a été condamné (fait très rare et qui n'existe plus) à vingt-quatre ans et quatre mois de prison en 2006, ayant mis plusieurs milliers de personnes au chômage et ruinant les retraités. Mais sortira 10 ans plus tôt que prévu pour le "scandale d'Enron" : à l'époque, il s'agit de la plus grande faillite de l'histoire américaine...)

Le piège de l’actionnariat salarié  

Les salariés ont été incités à posséder une partie du capital des firmes par les privatisations (fiscalité favorable et prix d’amis ou dons) : de Sagem : 27 %, Air France : 11% à Vivendi : 3 %, France-Telecom : 3,3%.
Les salariés sont pris dans une contradiction fondamentale entre leur position d’actionnaire (la plus forte rentabilité donc, et la baisse des salaires et licenciements) et leur position de salarié (le contraire).

Ndlr : des actionnaires salariés de France-Telecom, dont j’étais salarié, qui avaient allégés toute leur famille pour acheter des actions qui ont été multipliées par 7 et qui ont tout perdu avec le krach de la bulle Internet en 2001! Ceci malgré les mise en garde de mon syndicat qui prônait l'absurde du système...)    

Solidaires Éco / Numéro 3 / Octobre 2017