Le secrétaire général de la CGT a mis en cause le gouvernement au sujet des débordements intervenus au cours de la manifestation du 14 juin. Et l'appelle à "suspendre le débat parlementaire de manière à ce que la situation se calme".

Philippe Martinez ne décolère pas. Invité de RTL ce jeudi, le secrétaire général de la CGT a une fois encore taclé le gouvernement, qu'il accuse "d'essayer de noyer le poisson" en "culpabilisant la CGT" après les débordements dans le cadre des manifestations contre la loi Travail. Selon lui, la solution pour "que la situation se calme" serait que "le gouvernement suspende le débat parlementaire". 




Le secrétaire général du syndicat est revenu sur les violences au cours de la manifestation de mardi dernier. Et met en cause la responsabilité "de la préfecture", qui aurait donné l'ordre "de foncer sur les manifestants, alors que nos services d'ordre essayaient de dégager les casseurs". "Un syndicat loin d'être proche de la CGT avait expliqué que le CRS ont des ordres de ne pas intervenir sur les casseurs", a défendu Philippe Martinez.  


"Nous irons voir la ministre du Travail"

Une référence aux commentaires de Jean-Claude Delage, le secrétaire général du syndicat Alliance Police Nationale, en mai dernier. Sur France Info, il avait mis en cause les consignes de l'Etat. "On ne peut pas nous laisser attendre une heure, face à des casseurs qui détruisent des vitrines", avait-il dénoncé. Fort de ces arguments, Philippe Martinez a martelé ce jeudi que "dans la manifestation, c'est la CGT, dehors, ce sont les casseurs" et dénonce un "nouveau procès d'intention contre la CGT".  


Au micro de RTL, le secrétaire général de la CGT a d'ailleurs confirmé que les manifestations du 23 et 28 juin seront bien maintenues. Mercredi, Manuel Valls puis François Hollande ont fait savoir qu'il pourrait y avoir des annulations si les violences se poursuivaient pendant les défilés contre le projet de réforme du code du travail. "Malgré ces attaques violentes du gouvernement, nous irons voir demain la ministre du Travail" Myriam El-Khomri, a par ailleurs indiqué Philippe Martinez, afin de "trouver des solutions". Et d'estimer: "Le gouvernement peut suspendre le débat parlementaire de manière à ce que la situation se calme".  


"Il faut arrêter ce bras-de-fer" martèle la CFDT

De son côté, le secrétaire général de la CFDT a aussi appelé à l'apaisement sur France Info ce jeudi. Mais a taclé le gouvernement et la CGT. "Je pense qu'il faut arrêter ce bras-de-fer, qui consiste à montrer les muscles de chaque côté", a dénoncé Laurent Berger, qui estime que le pays est "totalement hystérisé". "Je tiens à la liberté de manifester, il faut que ça se fasse dans des conditions correctes", a-t-il rappelé. 


Mais d'après le secrétaire général de la CFDT, les "images à l'hôpital Necker" sont "totalement inacceptables". Laurent Berger en ainsi appelé à la responsabilité des services d'ordre, qui "doivent s'assurer que les casseurs soient en dehors du cortège". Et s'est montré sceptique sur la rencontre de vendredi entre Philippe Martinez et Myriam El-Khomri. "On est tous passés voir Myriam El-Khomri", a-t-il indiqué. "Il faut arrêter de réclamer les discussions quand on n'était pas là quand elles ont eu lieu", s'est emporté le représentant de la CFDT.


 

Libération

Le secrétaire général de Force ouvrière regrette les dégâts occasionnés en tête de cortège, mardi, et dénonce la dramatisation du gouvernement.

    Jean-Claude Mailly : «Ces violences nous desservent»
Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, était mardi dans le cortège syndical de la manifestation contre la loi travail, marquée par des débordements. Refusant d’en porter la responsabilité en tant qu’organisateur, il renvoie la faute au gouvernement et à l’absence de dialogue social depuis le début de la contestation.
Selon Manuel Valls, la responsabilité des organisations syndicales se pose face aux violences des «casseurs». Que lui répondez-vous ?
J’ai trouvé la parole du Premier ministre violente. Il a un côté pyromane. Au lieu d’avoir une attitude responsable, il reste droit dans ses Rangers, refuse de dialoguer, et explique que c’est de la faute des services d’ordre des syndicats s’il y a de la violence. Et ce, alors que nous avons dénoncé, comme à chaque fois, ces débordements. Par ailleurs, je n’ai jamais condamné les forces de police qui font un boulot difficile. Au contraire, j’ai envoyé un message de soutien aux policiers. C’est donc un peu léger comme raisonnement. D’autant que les violences nous desservent : aujourd’hui, de quoi parle-t-on ? Des violences et non du projet de loi. Or, je préférerais cent fois qu’on soit sur le contenu…
De son côté, François Hollande a laissé entendre que les manifestations pourraient être interdites à l’avenir…
Est-ce que cela veut dire qu’à chaque fois qu’il y a des violences, il faut tout interdire ? Et pourquoi alors ne pas interdire les matchs de l’Euro ? On a vu ce qui s’est passé à Marseille. Malgré cela, on ne va pas rendre tous les supporteurs responsables ? Un gouvernement dit de gauche qui pourrait interdire des manifestations à l’appel des organisations syndicales, ce serait une nouveauté… L’exécutif met de l’huile sur le feu. S’il y avait eu des discussions avant, on n’en serait pas là. Or, en face, on a un mur. Je ne dis pas, bien sûr, que le gouvernement est responsable des violences, mais il joue là-dessus. Il essaye de communiquer autour pour faire passer son projet. Regardez ce qui s’est passé à l’hôpital Necker. Bien sûr, c’est condamnable. Mais on en rajoute. C’est de la com…
Mais n’observe-t-on pas une montée de la violence depuis le début de la contestation ?
Dans le cortège de mardi, il y avait visiblement plus de casseurs que d’habitude, en avant du défilé. Mais cela n’a rien à voir avec les manifestations.
Ces violences auraient-elles pu être évitées par les organisateurs ?
Pour cette journée d’action, nous avons renforcé nos services d’ordre (SO), tant du côté de FO que de la CGT. A un moment, ça a «frité» à l’avant. Nous avons alors fait remonter des bénévoles du SO. Mais je rappelle que nous assurons le service d’ordre de la manif en tant que telle, pas de ce qui se passe au-devant du défilé. Bien sûr, si on voit un casseur cherchant à entrer dans le cortège, on l’empêche. A condition de savoir que c’est un casseur. Les militants du service d’ordre ont donc fait leur boulot. Par ailleurs, dans les précédentes manifs, nous avons aussi eu des blessés dans nos rangs à cause des casseurs… Et nous sommes des personnes responsables : pendant la COP 21, par exemple, nous avons été d’accord pour annuler la grande manifestation qui était prévue, car c’était juste après les attentats.
A qui la faute, alors ?
Si le gouvernement acceptait qu’il y ait un vrai dialogue, les manifestations seraient terminées dès le lendemain ! Mais là, il joue la montre, sachant bien que cette stratégie peut générer des violences. C’est pourquoi je renvoie Manuel Valls dans ses propres buts.
Peut-on espérer, dans ces conditions, une sortie de crise ?
J’ai fait des propositions sur les points les plus problématiques du texte au gouvernement et je considère qu’elles peuvent permettre de sortir par le haut, et pour tout le monde. Mais, pour le moment je n’ai pas eu de réponse…
De quand datent vos derniers échanges avec le gouvernement ?
Vendredi dernier. J’ai fait part de ces propositions à la ministre du Travail, après avoir prévenu le Premier ministre. Je l’ai trouvée à l’écoute. Elle n’a pas dit qu’elle était d’accord avec moi, mais on a enfin eu un vrai débat sur le projet de loi. Ce qui n’a jamais été le cas avec le Premier ministre. J’ai l’impression que Manuel Valls a un vrai problème avec le compromis et le dialogue social. On est face à un gouvernement fermé. Du côté de l’Elysée ou de Matignon, ce n’est pas le texte qui intéresse. Ils sont dans des logiques politiciennes par rapport à la présidentielle. Et cela l’emporte sur le contenu même de la loi.


Sur l’instrumentalisation des vitres de l’hôpital Necker - Témoignage d’un parent

"Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ?"

Un lecteur de lundimatin nous a fait parvenir ce témoignage à vif.

Hier, il y avait des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Paris. En tête, des milliers de personnes, cagoulées ou non, syndiquées ou pas, se sont retrouvées pour tenir la dragée haute à un dispositif policier hors norme.

Je comprends facilement ce qu’il peut y avoir de désespérant là-dedans pour le gouvernement. Alors que l’on pouvait imaginer qu’au fil des semaines et des mois, la rue se fatigue et la violence soit de plus en plus isolée, c’est tout le contraire qui se passe : la peur de la police ne dissuade pas.

Hier, les manifestants ont commis de nombreuses dégradations. Pour celles que j’ai pu constater, elles étaient toutes « ciblées » : banques, assurances et publicités. Je ne suis pas sûr que cela nécessite beaucoup de débat. Il n’est pas certain que le monde de la finance tremble à chaque fois qu’un distributeur de billet est vandalisé mais que la jeunesse y voie un symbole, je le comprends parfaitement. Qu’une assurance doive appeler son assureur et demander le coût de la franchise, je dois avouer que lorsque j’y ai pensé, ça m’a fait rigoler. Ces gens engrangent des milliards en ponctionnant la solidarité. Quant aux publicités détruites, c’est — malgré la méthode—, la meilleure chose qui puisse leur arriver.

Au milieu de tout cela, quelques vitres de l’hôpital Necker ont été brisées. Bien que les vitres en question n’aient pas d’autre rôle que celui d’isolant thermique : j’en conviens grandement, ce n’est pas très malin.

Certes, briser les vitres d’un hôpital, même par mégarde, c’est idiot ; mais sauter sur l’occasion pour instrumentaliser la détresse des enfants malades et de leurs parents pour décrédibiliser un mouvement social, c’est indécent et inacceptable. Et c’est pourtant la stratégie de communication mise en œuvre depuis hier, par MM. Cazeneuve et Valls. Allègrement reprise par la droite et relayée sur un plateau doré par tous les médias.

Je le dis d’autant plus volontiers que l’hôpital Necker, j’y ai passé beaucoup de temps et que la détresse et l’angoisse des parents d’enfants très malades, je vois particulièrement bien ce que c’est. Instrumentaliser cette souffrance à des fins aussi bassement politiciennes est abjecte.

Cette indécence est d’autant plus choquante lorsque l’on connaît la situation de l’hôpital public aujourd’hui. MM. Valls et Cazeneuve, « révoltés » du fond du cœur par cinq vitres brisées, le sont-ils autant par les conditions de travail effarantes des personnels hospitaliers ? Lorsqu’un généticien clinique doit travailler 70h par semaine car la direction de son hôpital n’a pas les moyens d’employer un nouveau docteur ni même une secrétaire, quelles en sont les conséquences sur tous ces gentils petits enfants malades au chevet desquels nos ministres accourent depuis hier ? Quand les aides-soignantes et les infirmières sont épuisées, usées jusqu’à la moëlle et rémunérées au minimum, qu’en est-il de la qualité des soins et de l’attention nécessaires à ceux qui passent des mois voire des années dans des couloirs d’hôpitaux ?

Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ? Et tous ces journalistes qui ont titré sur cet horrible assaut contre l’hôpital des « enfants malades », prennent-ils la mesure du sens de leurs mots ?

La palme de l’infamie revient évidemment à M. Cazeneuve qui a tout de même réussi à ajouter à l’équation le fils des deux policiers tués avant-hier.

Des centaines de milliers de personnes défient le gouvernement dans la rue. Une ou deux cassent le double vitrage d’un hôpital. Une ordure tue deux policiers à l’arme blanche. Leur fils de trois ans est en soin à Necker. M. Cazeneuve établit un rapport émotionnel, affectif et psychique entre ces deux séries de faits : la lutte contre la Loi Travail et son gouvernement, le choc produit par la brutalité de ce double meurtre et la situation dramatique de cet enfant. Si les jeunes émeutiers qui ont cassé les vitres de Necker ont été idiots, MM. Valls et Cazeneuve, eux, sont obscènes.

Plutôt que de courir les plateaux télés pour dire des conneries pareilles, retirez la loi travail, financez correctement les hôpitaux et épargnez aux enfants et à leurs parents votre ignoble instrumentalisation. Merci d’avance.

Un parent d’enfant très malade de l’hôpital Necker.